Portrait de Josefine, artiste peintre à la faïencerie royale de Delft, Pays-Bas. 

 

 

A trente minutes d’Amsterdam aux Pays-Bas, non loin de La Haye, la ville de Delft abrite la plus ancienne des faïenceries royales de Hollande. C’est ici que se perpétue la tradition du célèbre Bleu de Delft. Une tradition ancestrale, depuis 1653, que Josefine a appris il y a plus de 30 ans et transmet aux curieux visiteurs. Rencontre avec une artiste et ses mains aux mille nuances de bleu.

 

 

Une vocation d’artiste, une vie aux mille nuances de bleu

 

« Combien de vases ai-je réalisé depuis 30 ans? J’ai arrêté de compter », admet discrètement Josefine, un sourire sur les lèvres.

 

Josefine au travail dans son atelier de Delft

 

L’oiseau semble prendre vie. Sur cette poterie blanche mate, le pinceau à la fine pointe diffuse des nuances de noires. Un mariage à l’infini de nuances intenses et claires qui révèlent des tons uniques. Elles se posent, s’entremêlent, se fondent, et se superposent dans une danse fascinante. Posé sur les feuillages, l’oiseau parait cligner des yeux. Va-t-il bientôt s’envoler?

 

Pinceaux et oxyde de cobalt dans l’atelier de Delft

 

A 52 ans, Josefine offre son art, ses habiles doigts et ses yeux d’artiste, à la faïencerie royale de Delft, aux Pays-Bas. Et pourtant, cette vocation ne lui semblait pas prédestinée. « Depuis toute petite, j’aimais dessiner et peindre. Je me suis dit que je pouvais tenter un entretien ici, et voir jusqu’où cela me porterait. Ça fait maintenant 30 ans et je n’ai jamais été aussi heureuse! »

 

Josefine au travail dans son atelier de Delft

 

Après un test de dessin, Josefine a été admise à Royal Delft. Crée en 1653, c’est aujourd’hui la plus ancienne et seule fabrique de faïence au monde produisant le célèbre bleu de Delft. Pendant un an, elle y a appris l’art de la peinture sur poterie au bleu de Delft. Le dessin des motifs traditionnels tels que fleurs, feuilles et oiseaux, et l’application du très secret bleu de Delft.

 

Ici, la chaleur a le pouvoir de métamorphoser les couleurs.

 

Quatre ans supplémentaires sont nécessaires pour être capable de réaliser les commandes spéciales et les portraits, prisés par les têtes couronnées. On devient alors maître peintre. « Ce que je préfère par dessus tout, ce sont les paysages, confesse Josefine. C’est pour moi une véritable évasion. »

 

Josefine au travail dans son atelier de Delft

 

C’est un travail de précision. « On ne peut rien effacer car la poterie boit instantanément le liquide que nous appliquons. Si je fais tomber mon pinceau, ou que je rate une touche de couleur, je peux jeter ma poterie! » On comprend mieux pourquoi chaque instant est un geste d’adresse, chaque regard délicatement posé, chaque intuition mûrement réfléchie.

 

À Delft, la faïencerie royale offre des centaines d’objets sublimés au bleu de Delft: des vases à anses aux dés à coudre, des boules de Noël aux assiettes de service, des photophores aux petits sabots hollandais.

 

Si je fais tomber mon pinceau, ou que je rate une touche de couleur, je peux jeter ma poterie!

 

Tout commence par une forme dans l’atelier des volumes. Dans un moule de terre est coulé un secret mélange. Il faut sept jours de repos pour que la forme se fixe et prenne vie. Une fois sorti du four, il est poli. Ce n’est qu’à ce moment qu’il se voit confié aux mains délicates de Josefine.

 

Atelier de séchage à Delft

 

Ici, la chaleur a le pouvoir de métamorphoser les couleurs. C’est le secret du bleu de Delft. Ce que Josefine colore de noir, le four le transformera en nuances de bleu roi. « Je suis extrêmement attentive aux détails. Je dois imaginer que ce je peins en noir sera en réalité un camaïeu de bleus, explique Josefine. » C’est un exercice auquel il faut s’habituer très vite. Peu de peintres voient leur toiles changer de couleur en quelques minutes!

 

Atelier de séchage à Delft

 

Pour créer ses couleurs, Josefine ne dispose que de trois outils: de l’eau, de l’oxyde de cobalt, un pinceau. Une douce alchimie révélée par sa main experte. Un savant mélange et dosage. Il faut des années de patience et d’essais pour maîtriser le coup de pinceau dans l’eau.

 

Josefine dans son atelier de Delft

 

Il est tout aussi important que la pose du pinceau sur la poterie. « Pour ne pas faire d’erreur: je ne pense à rien! » Dans son atelier, Joséphine n’a qu’une seule présence: une vieille radio Philips qui diffuse en chuchotant de douces mélodies et des visiteurs qui en silence l’observent avec attention.

 

Josefine peint dans son atelier de Delft

 

Son secret pour créer la plus belles des faïences de Delft? « De la patience et de la précision! » répond sans hésitation Josefine. Dans sa bulle de calme, elle semble imperturbable, son pinceau effleurant délicatement le vase blanc.

 

Josefine peint dans son atelier de Delft

 

Autour d’elle, Josefine a construit un univers tamisé, cosy, chaleureux. Entourée de ses pinceaux aux pointes ocre et de ses vases aux reflets bleu qui lui servent de modèle, elle inspire calme et concentration. On croirait presque la déranger en entrant dans la pièce au parquet qui grince.

 

Pinceaux et vases bleus composent l’environnement de travail de Josefine

 

Lorsqu’elle pose la signature au dos du vase, c’est 350 ans de tradition que Josefine inscrit. Le symbole de la poterie encerclé par des chiffres et lettres indiquant le type d’objet, son numéro unique, et l’identification de l’artiste qui l’a réalisé, comme s’il signait de son nom chacune des œuvres qu’il réalise.

 

Josefine signe sa poterie avec le sigle de Royal Delft

 

C’est 350 ans de tradition que Josefine inscrit au dos de chaque objet.

 

« Je n’ai qu’un seul regret, c’est que trop peu de jeunes ne s’intéressent à ce métier. J’ai peur que la tradition de Delft ne disparaisse », explique Josefine. Une tradition menacée mais une tradition que Josefine a hâte de transmettre aux passionnés qui rejoindront bientôt la faïencerie royale.

 

Devanture historique de la faienceirie de Royal Delft

 

Il est une chance que Josefine a bien comprise: travailler pour une entreprise crée en 1653 et toujours présente aujourd’hui. « C’est ma plus grande fierté! » dit-elle. Une aura qui continue, à travers le monde, d’inspirer tradition, artisanat et art. Et pour longtemps!

 

Josefine peint dans son atelier de Delft

 

 

Conseils pour Delft, Pays-Bas

 

Comment vous y rendre?

 

Paris-Amsterdam est une des destinations les plus fréquentes des compagnies aériennes comme Air France, KLM, et les low-costs européens, et souvent en promotion sur Air France. Un prix moyen de 90€ l’aller retour en éco. Vérifiez votre aéroport de départ et simulez ici le prix de votre vol avec Kiwi:

 

Si vous préférez depuis Paris, Londres et Cologne, vous pouvez vous y rendre en train via le Thalys. Mon conseil: simulez le prix de votre billet sur Oui SNCF. Vous ne le saviez peut-être pas, mais vous pouvez y acheter des billets de train pour Amsterdam. Vos cartes de réduction fonctionnent pour les trajets en France.

 

Une fois arrivé à Schipol ou à Amsterdam Centraal, prenez un billet pour Delft (environ 9€). Vous pouvez l’acheter directement à la gare. Environ un train toutes les 15 minutes en moyenne.

 

Comment visiter Royal Delft?

 

La faïencerie royale de Delft se trouve au bord du canal, à seulement 15 minutes à pied de la gare de Delft CS.

 

Si vous vous sentez l’âme d’un curieux visiteur, promenez vous dans le musée et allez à la rencontre des peintres dans leur atelier. La visite coûte 13.50€. Le musée est ouvert de 9h à 17h du lundi au samedi, et de 12h à 17h le dimanche. Il faut compter une heure de visite, plus si comme moi vous passez deux heures avec Josefine! 🙂 Je vous conseille l’audio-guide qui vous apportera beaucoup d’informations sur la tradition et la fabrication des faïences. Des casiers à l’entrée vous permettront de déposer manteaux et sacs à dos.

 

Si vous vous sentez l’âme d’un peintre, profitez des ateliers de création ouverts au public. Moyennant un prix plus élevé, vous pouvez réaliser de véritables œuvres au bleu de Delft, encadré par un peintre. Carrelage, vaisselle, vase – à vous de choisir l’atelier qui vous permettra de créer les pièces de votre choix! Tous les jours à 14h30.

 

Attention, réservez votre passage en avance car le nombre de participants est limité!

 

Que devez-vous acheter en souvenir?

 

A la boutique de Royal Delft que vous trouverez à la fin du musée, vous pourrez tout acheter. Attention, l’artisanat et la tradition ont un prix. Le vase qu’a peint Josefine devant moi par exemple vaut 665€ et représente 20 heures de travail, uniquement en dessin et peinture. Pour une boule de Noel, compter 10€. Pour une tasse type mug, compter 20€. Pour un carreau de carrelage, compter 17€. Pour une petite maison hollandaise, compter 120€.

 

 

C’est à vous!

Avez-vous visité Royal Delft? Qu’avez-vous pensé du musée et du peintre? Avez-vous rencontré Josefine?
Si cet article vous a donné l’envie de découvrir cette tradition et d’aller à la rencontre de Josefine, découvrez le Lonely Planet Pays-Bas!

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